Dimanche 7 juin 2009 7 07 /06 /Juin /2009 21:42

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Délimitation du concept « nouveau métier »

Comprendre comment les nouveaux et émergents métiers se développent, pourquoi ils sont difficiles à identifier passe avant tout par la délimitation du concept « nouveau métier ».

Difficile de raisonner en termes de « nouveaux métiers ». Le caractère émergent –et donc non encore objectivé et cerné– nous oblige à distinguer de manière tranchée les nouveaux métiers de métiers en transformation…

En effet, parfois, il s’agit de véritables nouveaux métiers, dans d’autres cas, nous remarquons qu’il s’agit plus de l’évolution de métiers existants que de véritables nouveaux métiers. Parfois encore, on peut repérer de nouvelles compétences (dues à des évolutions technologiques ou autres) dans des métiers anciens (J. Barraud, F. Kittel, M. Moule; 2004). Ainsi, la première difficulté à résoudre est de répondre à la question : s’agit il de métiers en transformation avec quelques nouvelles compétences, ou bien de nouveaux métiers combinant anciennes et nouvelles compétences, ou encore de nouveaux métiers avec des nouvelles compétences et finalité, etc. ?

Dans la pratique, ce raisonnement dichotomique induit par ce terme (distinguer entre les nouveaux métiers et les autres situations) suppose en effet de porter une appréciation tranchée dans des situations complexes et marquées par la diversité.

Dichotomie entre « nouveau métier » et « spécialité »

Une première précision permettant d’apporter un éclaircissement à cette dichotomie est la différenciation entre le « nouveau métier » et la « spécialité ».

La spécialisation est une réorientation vers une dimension précise parmi les différentes activités et compétences du métier.

Or, certaines spécialités évoluent de façon à devenir indépendante des activités du « métier source » en créant de nouvelles dimensions d’activités nécessitant de nouvelles compétences pour satisfaire de nouvelles finalités.

On peut citer à titre d’exemple, le cas de la sécurité informatique qui était une simple spécialité. En effet, dans la plupart des entreprises la sécurité informatique est une priorité. L’évolution des technologies internet, réseaux complexes, risque de piratage,…exige à ces entreprise un développement de cette activité afin de minimiser les risques. La complexité de cette tâche et le développement des savoirs en sécurité informatique, son application à des secteurs différents a engendré une spécialisation des acteurs au sein même de cette spécialité. Ainsi, cette spécialité est devenue un métier totalement indépendant, donnant naissance à d’autres spécialités dans ce domaine.

De ce fait, la spécialité est un état dynamique en perpétuelle évolution. Cette évolution peut être à court terme ou à long terme selon la force d’impact des déterminants. Ce cycle d’évolution peut déboucher sur un nouveau métier.

Ainsi, on peut avancer que la spécialité est un état intermédiaire entre un ancien métier et un nouveau métier ou même un métier émergent.

Dichotomie entre « nouveau métier » et les autres situations

En partant du principe que le contraste entre anciens et nouveaux métiers diminue les champs de délimitation de ce dernier. Nous considérons que le terme « nouveau » va au delà d’un simple opposé à « anciens ». Ainsi, deux possibilité de dessinent :

  • Le nouveau métier qui est le prolongement d’anciens métiers. Dans ce cas le processus d’émergence et de naissance de nouveaux métiers correspond à une incrémentation d’évolutions mineures dont il faut définir les déterminants ;
  •  Le nouveau métier est originaire de toutes autres logiques, qu’il nous faut déterminer. Or, suite à notre analyse du concept « métier », nous pouvons avancer, à priori, que l’émergence ou la naissance d’un nouveau métier a pour point de départ, l’émergence, et la naissance de ses composantes. Ainsi, l’analyse du processus d’émergence et de naissance revient se résumerait dans l’analyse du processus de gestation de ces nouvelles dimensions et ses déterminants.

Ainsi, afin de saisir la réalité complexe du nouveau métier, il nous a semblé préférable de faire notre choix en analysant ces des deux principales suppositions (figure3).

Figure 3 : Délimitation du concept nouveau métier

 

La figure 3 nous montre que deux procédés peuvent être à l’origine d’un nouveau métier :

  • Nouveaux métiers suite aux transformations successives d’anciennes activités nécessitant de nouvelles combinaisons de compétences pour atteindre de nouvelles finalités.
  • Nouveaux métiers suite à l’émergence de nouvelles activités et/ou de compétences répondants à de nouvelles finalités.

Ce schéma reste une précision, logique, sur les origines supposées des nouveaux métiers. Cette supposition ne donne aucune précision sur le déroulement du processus et sa dynamique, objectif de ce travail de recherche.

Au vu des éléments précédents, nous pouvons positionner le concept « nouveau métier » par rapport aux autres situations ainsi :

 

Tableau 1 : Résume des définitions de différentes étapes d’évolutions des métiers.

 

Métier en émergence

Notre définition du

nouveau métier

Métier en transformation

Métier en obsolescence

Définitions

Métier non reconnu dont les prémisses d'activités existent de manière éclatée.

-Les nouveaux métiers sont ceux qui ne peuvent pas être définis par des classifications professionnelles standards.

-Généralement, c’est un métier récemment reconnu, pas encore généralisé, mais dont les activités/compétences sont soit nouvelles, soit combinés des anciennes pour répondre à une nouvelle finalité.

Un nouveau métier peut être considéré comme un intervalle qui va de son émergence à sa maturation.

Métier reconnu mais dont les domaines d'activités soit disparaissent, soit apparaissent. C'est la combinaison de ces changements qui déterminent le degré de transformation du métier.

C’est aussi des métiers bien établis nécessitant de nouvelles compétences

Métier reconnu dont les domaines d'activités sont en voie de disparition.

Source : Adapté de l'ANACT « Les métiers en évolution »

 

Notre recherche s’inscrit dans une perspective d’étude de la dynamique de gestation des nouveaux métiers, à travers un essai de modélisation et d’analyse de ce processus.

Après la définition du concept « métier » et la délimitation du concept « nouveau métier », la délimitation donnée à la notion de « processus » est capitale pour l’orientation de notre cadre conceptuel et pour notre stratégie de recherche. Ainsi, une définition rigoureuse s’impose.

 

A. Scouarnec (2001), « Vers la création d’un observatoire des métiers du marketing », 1er Forum sur la prospective des métiers, février.

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Dimanche 7 juin 2009 7 07 /06 /Juin /2009 21:40
... Par M. Tissioui

Les composantes du concept métier

Les activités

Les activités sont l'ensemble des actions d'un individu pour remplir les missions qui lui sont confiées dans le cadre de son poste de travail ou de sa fonction. Un poste ou une fonction peut donc être décrit à travers ses activités telles qu'elles sont réalisées par le travailleur (travail réel) ou prescrites par l'organisation du travail (travail prescrit).

Les activités représentent le premier niveau de regroupement cohérent et finalisé de tâches ou d’opérations élémentaires visant un but déterminé. Ainsi, elles peuvent être subdivisées en tâches (actions simples) ou regroupées en domaines d'activité. Elles contribuent, en fonction de leur organisation, à la réalisation des finalités d'un métier en mobilisant des compétences bien déterminées.

Au sein des référentiels, les activités sont utilisées pour décrire un emploi. Elles sont exprimées en termes de verbes d'action (soigner, élaborer, conseiller,…).

Dans un Poste ou emploi, on peut faire la différence entre les activités noyaux et les activités annexes ou accessoires. Cette distinction semble plus importante au niveau du métier.

Les activités noyaux sont celles qui se relient historiquement à la définition du métier. En ce sens, elles constituent le cœur du métier sans lesquelles ce dernier ne pourra pas remplir sa ou ses finalités.

Les activités noyaux font appel aussi à des compétences de base indispensables à l'exercice du métier.

 

Finalités

Il s’agit principalement des bénéficiaires de l’utilisation de certaines compétences dans la réalisation d’un ensemble de tâches ou « activités ».

Comme, le cas des activités, on peut distinguer les « finalités principales » d’un métier de ces « finalités secondaires » ou accessoires.

Selon, le niveau d’analyse, nous pouvons distinguer trois conceptions, interdépendante de la finalité :

Dans une vision stratégique, la finalité peut se résumer dans le service apporté par l’entreprise à ses clients. Elle matérialise les rapports de l’entreprise au marché. À titre d’exemple : les nouveaux marché (nouveaux services,…), répondant à des nouvelles exigences.

Sur un plan organisationnel, la finalité se résume dans la contribution du métier dans la réalisation des objectifs de l’organisation.

Sur un plan individuel, la finalité correspond l’apport attendu par l’individu de l’exercice de son métier (apprentissage, satisfaction, estime…).

La dynamique entre ces trois conceptions constitue la « finalité principale » d’un métier. Ainsi, cette dernière, forme l’apport attendue de l’exercice du cœur du métier.

La dynamique des finalités accessoires entre ces trois conceptions constitue les « finalités accessoires » d’un métier. Ainsi, cette dernière, forme l’apport secondaire attendue de l’exercice du cœur du métier.

Cette vision des choses reste relative au niveau choisi : en effet, en se situant au niveau individuel, c’est le 3ème type de finalité qui devient principale, les deux autres finalités passent au niveau secondaire de la finalité. De même, en se plaçant au niveau organisationnel, c’est la 2nd type de finalité qui devient principale. Malgré l’interdépendance, les deux autres finalités seront reléguées au niveau secondaire.

La finalité est un terme dynamique qui évolue selon les situations et le niveau d’analyse.

 

 

Les compétences

 

La notion de compétence varie significativement suivant les auteurs et la diversité des domaines d’application (organisation du travail, mise en place de changements organisationnels, management développement, stratégie, etc.) ce qui induit une grande confusion. Cette hétérogénéité de définitions du concept « compétence » qui constitue, en parallèle, une dimension importante du concept « métier » nuit évidemment à l’analyse de ce dernier.

Ainsi, Comme pour le concept métier, il paraît essentiel de comprendre le concept compétence au sens individuel, collectif et organisationnel. Et de comprendre la nature des interactions entre les différents niveaux d’analyse.

La dimension individuelle de la compétence

Le concept de compétence réconcilie tout ou une partie des propositions de plusieurs écoles (BOYER, 2000). En effet, de l’école classique où il a emprunté la conviction que la productivité est affaire de formation ; à l’école ressources humaines où il a développé l’idée que le bon emploi des compétences détenues et l’amélioration continue des savoirs faire est une source de motivation des individus ; tout en passant par les néoclassique où le concept emprunte plusieurs préconisations, notamment celles apportées par P. Drucker qui fut un des premier a consacré une réflexion fondamentale et pratique à la gestion, de l’importance des compétences dont dispose une entreprise ; enfin les comportementalistes qui ont cherché à mettre en évidence les comportements professionnels efficaces « savoir être » (BOYER, 2000).

De cette évolution historique de la notion compétence, on constate à la fois la richesse et l’ambiguïté du concept. D’où les difficultés liées à sa définition qui pose toujours problème aux spécialistes. Dans ces conditions, il est donc impertinent de tenter de donner une synthèse par une définition qui, par nature, ne peut faire l’unanimité.

Au minimum, les compétences sont des capacités à effectuer un ensemble de tâches précises, observables et mesurables dans l’activité. Plus largement, la compétence professionnelle est une disposition à mobiliser, à combiner et mettre en œuvre des ressources (savoirs, savoir-faire et savoir-être) ; elle n’apparaît que dans sa mise en œuvre en situation de travail, à partir de laquelle elle est validable (BOYER, 2000).

Le MEDEF définit la compétence comme un concept subjectif à l’évaluateur au sein de l’entreprise. Ainsi, la compétence est comme : « une combinaison de connaissance, savoir-faire, expériences et comportements s’exerçant dans un contexte précis. Elle se constate lors de sa mise en œuvre en situation professionnelle à partir de laquelle elle est valable. C’est donc à l’entreprise qu’il appartient de la repérer, de l’évaluer, de la valider et de la faire évoluer ».

Françoise RAYNAL et Alain RIEUNIER proposent une définition assez large, qui présente l’avantage de situer les grands courants de définition de la compétence : « Ensemble de comportements potentiels (affectifs, cognitifs et psychomoteurs) qui permettent à un individu d’exercer efficacement une activité considérée généralement comme complexe. (…) la compétence est liée à un métier, à une profession, à un statut, à une situation professionnelle ou une situation sociale de référence ; A ce titre, elle englobe des (savoirs, savoir-faire et savoir être) intimement liés. (…)Dans une approche cognitiviste, une compétence implique à la fois des connaissances déclaratives, des connaissances procédurales et des attitudes (…).

A travers ces quelques définitions, nous constatons, d’une part, que les compétences se présentent comme la mobilisation dynamique de différents éléments : des savoirs théoriques et/ou des connaissances ; des procédures et/ou bonnes pratiques ; des savoir-faire ; de l’expérience non formalisée. D’autre part, trois dimensions sont régulièrement attachées à la compétence : la dimension individuelle, la dimension cognitive et la dimension sociale (Scouarnec, 1999).

  • La dimension individuelle : met en œuvre des aspects comportementaux et psychologique, elles correspondent aux « caractéristiques personnelles (connaissance, habiletés, attitudes) qui conduisent à des réalisations ayant une valeur adaptative dans des environnements significatifs ». (Sundberg, Snowden et Reynolds (1978).
  • La dimension cognitive de la compétence s’intéresse aux processus d’acquisition, de traitement et de mémorisation, d’information et d’adaptation à l’environnement.
  • Enfin, la dimension sociale envisage la compétence individuelle comme « particulière à un individu tout en étant intimement liée et étroitement dépendante du contexte social général dans lequel est immergé cet individu, et plus spécialement du champ des métiers, des professions comme du secteur professionnel dans lequel il vit quotidiennement » (Colardyn, Parlier, 1989).

Au-delà de la mobilisation dynamique des savoirs ou des connaissances, de l’expérience non formalisée, Le Boterf (1995) propose des caractéristiques complémentaires de la compétence individuelle, qui constituent la base même de construction des compétences collectives et organisationnelles. Ainsi, la compétence est :

Un « savoir mobiliser » : Il ne suffit pas de posséder des connaissances ou des capacités pour être compétent. Il faut savoir les mettre en œuvre quand il le faut et dans les circonstances appropriées. Dans ce sens, la compétence correspond à un processus d’adaptation de stratégie individuelle en mobilisant les ressources (savoirs, savoir-faire…) nécessaires pour accomplir une mission.

Ici, la compétence est réduite à des ressources personnelles et correspondent à un processus de développement de pratiques professionnelles et d’apprentissage.

Une « série d’actes contingent » : elle s’exprime au travers une double contrainte. D’une part, la contrainte objective liées au contexte. D’autre part, une contrainte subjective. « C’est en fonction des perceptions de cette double contrainte que l’individu estimera s’il peut activer la mise en œuvre de ce qu’il sait » (Le Boterf, 1997). La compétence dépend de l’acteur et de la situation. Dans ce sens elle ne peut être observée. Son analyse dépond de l’activité réelle (Minet, Parlier, De Witte, 1994).

Ici, la compétence est contingente à l’évaluation faite par l’individu de la situation ou de l’activité. Dans ce sens, la compétence ne peut se définir que par l’analyse de l’activité et des conditions d’exercices de cette dernière.

Un « savoir-faire éprouvé et reconnu ». La compétence suppose la mise à l’épreuve de la réalité et une reconnaissance sociale (Le Boterf, 1995), Reinold et Breillot, 1993), (Dejoux, 2001). La compétence a besoin du jugement d’autrui pour exister.

Ici, la compétence vie au rythme de l’évaluation et de la validation de son environnement professionnel (collègues, supérieur hiérarchique…). La compétence est un « savoir agir » reconnu.

Un « savoir combiner » : L’individu doit savoir sélectionner les éléments nécessaires dans le répertoire des ressources personnelles (savoir, savoir-faire, aptitudes, capacités…) et de l’environnement (outils à disposition, équipes…), les organiser et les employer, pour réaliser sa mission.

Ici, la compétence est de pouvoir sélectionner, combiner et mobiliser l’ensemble des ressources en fonction de la situation

A l’issue de cette analyse, nous retenons la définition suivante :

La compétence individuelle est un processus qui consiste à mobiliser et à combiner des ressources personnelles (savoir, savoir-faire…) et de l’environnement (outils, équipes…) en vue d’accomplir une mission dans le cadre d’une activité ;

A travers ce processus, l’individu recherche une satisfaction personnelle et celle de son environnement, ce que White (1959) appel le « sens of compétence ». Ainsi, le développement de ce processus est alimenté par la recherche d’une reconnaissance.

Cette réflexion sur la dimension individuelle de la compétence, nous conduit d’une part vers une dimension technique et collective. D’autre part, dans la dimension sociale de construction des compétences.

La dimension collective de la compétence

Selon Genelot (1993), la compétence est présentée comme étant à la fois individuelle et collective. Cependant, au-delà de la simple somme des compétences individuelles, la compétence collective est le résultat de la synergie d'une mise en commun de compétences individuelles. Cette synergie serait le produit d'une culture partagée et d’un savoir-faire collectif. Ainsi, la compétence collective permet de rendre compte de la dynamique existante entre l'ensemble des personnes d'un service ou d'une entreprise.

Dans ce sens, la compétence collective est comprise comme une capacité reconnue à un collectif de travail de faire face à une situation qui ne pourrait être assumée par chacun de ses membres seuls » (Gamot, 1996)

En effet, face à une situation particulière, chaque membre du groupe développera sa propre réflexion et apportera un plus avec ses compétences… La solution globale est l’œuvre d’un ensemble, générateur d’une compétence qui n’appartient à personne, et dont l’émergence est issue d’une problématique particulière et d’une mise en commun d’un ensemble de compétences individuelles.

Dans ce sens, la compétence collective se reconnaît au niveau des équipes de travail aux composantes suivantes (Boterf, 1997) :

Une image opérative commune : « C’est le cas d’une équipe sachant se doter d’une représentation commune d’un problème opérationnel. Il y a convergence des référentiels individuels vers un référentiel commun »

Un code et un langage communs : « C’est l’élaboration d’un « dialecte » particulier qui appartient à l’équipe elle-même. Ce code partagé est à la fois facteur et signe d’intégration »

Un savoir-coopérer : « Il n’y a compétence collective que s’il y a mise en commun pour co-agir ou co-produire »

Un savoir apprendre de l’expérience : « Il y a compétence d’équipe lorsque celle-ci est capable de tirer collectivement les leçons de l’expérience (...). C’est l’apprentissage par et dans l’action. Mais il s’agit d’un apprentissage collectif »

Ainsi, la compétence collective, non seulement elle ne peut se réduire à la somme des compétences individuelles qui les composent, mais elle dépend largement de la qualité des interactions qui s’établissent entre les compétences des individus. Ainsi, elle se forge dans l’expérience, l’épreuve du réel et l’entraînement collectif (Le Boterf, 1997)

 

 

 

 

De la dimension organisationnelle à la dimension individuelle de la  compétence

Les premiers auteurs qui se sont intéressés aux compétences organisationnelles sont ceux de la Resource-based view (RBV) (Wernerfelt, 1984 ; Barney, 1991). Cette approche a connu depuis de nombreux développements. D’abord, centrés sur les « capacités dynamique » (Teece & Pisano, 1994), elle est ensuite portée sur les connaissances avec la Knowledge-Based View (Grant & Spender, 1996) et enfin sur les compétences fondamentales ou les Core competencies avec la Competence-based View (Hamel & Parahald, 1989, 1994).

Ces différents courants partagent la même idée centrale selon laquelle, les compétences organisationnelles sont décrites comme la capacité de l’entreprise à coordonner l’ensemble des ressources organisationnelles en fonction d’objectifs prédéfinis, pour maintenir et améliorer sa position concurrentielle (Grant, 1991).

Le dernier courant de compétences fondamentales s’intéresse surtout à la question d’exploitation des compétences organisationnelles détenues par l’entreprise (Rouby et Thomas, 2004). En ce sens, l’essentiel des travaux de ce courant porte sur la méthodologie à employer par l’entreprise pour valoriser et protéger ses compétences (Hamel & Parahald, 1995).

Les différentes définitions proposées mettent l’accent, d’une part sur la compétence comme un ensemble à coordonner de savoirs divers et de technologie (Sanchez et all, 1996). D’autre part, sur la dimension relative de l’intentionnalité managériale. Ainsi, la création de valeur n’est nullement le fruit du hasard, mais elle est le résultat d’une meilleure combinaison de ressources et de compétences de niveaux plus élémentaires pour répondre à une finalité (Rouby et Thomas, 2004)

De ce fait, les compétences organisationnelles sont alors intimement liées aux processus de management et aux éléments organisationnels construits autour de la connaissance et des savoir-faire individuels.

De cette réflexion sur la compétence organisationnelle, nous retenons la définition proposée par Rouby & Thomas (2004) : « la compétence organisationnelle peut être définie comme une action collective, finalisée et intentionnelle qui combine des ressources et des compétences de niveaux plus élémentaires pour créer de la valeur ».

Cette définition met en exergue la question du rapport entre les compétences individuelles, collectives et organisationnelles. En effet, la compétence organisationnelle est le résultat d’une combinaison de ressources, de compétences collectives et individuelles et de capacité. Dans cette vision systémique, la compétence se situe, à l’intersection entre les individus et leurs capacités d’une part, et les structures organisationnelles et les activités à réaliser d’autre part.

L’analyse des compétences implique de différencier clairement dans la démarche suivie les deux dimensions, la dimension individuelle et la dimension organisationnelle, pour mieux les intégrer dans ce qui sera déterminant : la capacité à agir (Encadré 5).

Encadré 5 : Les compétences, interface entre individus et organisations

 

Selon le glossaire de Bruxelles.

Luc BOYER, « organisations : théories et pratiques », Organisation, 2000.

Journée internationale de la formation, MEDEF, Deauville, octobre 1998.

Françoise RAYNAL et Alain RIEUNIER, « Pédagogie : dictionnaire des concepts clés », ESF, Paris 1997.

« Competence is an ability to sustain the coordinated deployment of assets in a way to help a firm achieve its goal » (Sanchez & All, 1996).

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Dimanche 7 juin 2009 7 07 /06 /Juin /2009 21:38
... Par M. Tissioui

Du métier à la profession : vers un processus de professionnalisation

La première dimension qui se dégage de ces quatre conceptions de profession, c’est ce que les sociologues appellent l’« identité professionnelle » et qu’ils ont analysé comme un des modes de socialisation des individus. La seconde se matérialise dans l’importance de la dimension « individuelle » reliée au concept « métier individuel » (sens 3). En effet, l’individu au travail peut s’identifier soit à l’organisation, soit à son métier. Dans le premier cas, il épouse une culture de l’entreprise, alors que dans le second il légitime des valeurs extérieures à celle-ci.

Au regard de ces différents concepts, on peut aisément déduire en fonction du point de vue adopté ou de l’objectif visé, deux grandes catégories de la notion de métier : métier dans l’entreprise (sens 3 et 4) et « métier identitaire » qu’on peut rapprocher de la « profession » (sens 1 et 2).

Ces concepts ont des significations distinctes et font principalement référence à des disciplines différentes, mais complémentaires. En effet, la formalisation de la première conception individualisante (métier individuelle), sa reconnaissance via la constitution d’une communauté lui garantissant sa légitimité sociale lui assure le statut de profession (Osty, 2003) constituant ainsi la seconde conception (métier identitaire). Ce processus fait référence à la professionnalisation d’un métier.

Arriver à des sens aussi différents mais complémentaires, ne vient pas de différents historiques ou même d’une divergence d’analyses, mais du point de vue adopté. En effet, les sociologues dans leur définition du métier mettent l’accent sur l’appartenance de l’individu à tel ou tel groupe ou catégorie professionnel, donc sur une dimension plus sociale ; alors que le langage gestionnaire met l’accent sur l’entreprise, l’organisation et l’activité en elle-même, ce qui relie la définition du concept au concept de compétence souvent à dominante technique (Boyer, 2002).

Encadré 1

La complémentarité de ces deux visions devient plus visible dans notre analyse du processus de naissance des nouveaux métiers. En effet, la vision du métier en sciences de gestion nous permet une analyse de la phase d’émergence d’un nouveau métier, alors que la vision sociologique, nous permet de poursuivre l’ancrage de ce nouveau métier dans le paysage des métiers à travers sa professionnalisation.

L’exemple "femme de ménage" analysé par Piotet (2002) explicite pertinemment cette complémentarité. En effet, l'activité de "femme de ménage" existe depuis toujours, a eu des appellations plus ou moins péjoratives (domestique, bonne…) et ses compétences requises dépendaient uniquement des vouloirs des employeurs. Ces compétences pouvaient donc être très variables suivant les situations, les employeurs et ne pouvaient constituer la définition d'une profession pouvant être l'objet d'un choix, d'un apprentissage, d'une amélioration et d'une protection. La déclinaison récente de l'activité "femmes de ménage" en "employée de maison", "aide à domicile" etc… a consisté donc à repérer, à sélectionner parmi les compétences mises en œuvre par toutes celles qui pratiquaient cette activité, celles qui répondaient aux diverses déclinaisons apparues et qui sont admises par tous comme la définition de ces diverses professions.

Ainsi, professionnaliser une activité, c'est trouver un langage commun sur lequel chacun s'entende (professionnels, responsable, usagers…).

Afin de définir les dimensions de la professionnalisation, il faut déterminer, tout d’abord, les dimensions d’une profession au sens sociologique.

Au-delà de la typologie de Dubar et Tripier qui mettent en évidence les différentes acceptions du concept « profession », Wittorski (2007) définit quatre dimensions pour reconnaître une profession :

Elle possède une bases de connaissances ;

Elle satisfait l’intérêt général ;

Elle possède un code d’éthique ;

Elle fait l’objet d’une rétribution.

Selon cette thèse, la professionnalisation consiste dans le passage d’un métier à une profession en créant des instances professionnelles. C’est le cas des infirmières qui ont été reconnues au terme d’un long parcours passant par la mise en place d’une école spécifique et la création d’associations professionnelles.

Cette vision fonctionnaliste de la professionnalisation a été largement critiquée, notamment à cause de sa négligence de l’aspect politique. En effet, une nouvelle définition de la professionnalisation intègre une dimension politique en considérant d’une part les codes déontologiques des professions comme un instrument politique. D’autre part, selon Wilensky (1964) toute profession cherche autonomie et pouvoir auprès du public.

A la fin de cette vision fonctionnaliste et apolitique, s’en suit une vision interactionniste, considérant la professionnalisation comme un processus de transaction sociale. En effet, selon Hugues (1996), un groupe professionnel est un ensemble d’individu qui construit leur trajectoire. Cette dernière est parsemée de conflits d’intérêts, et donc de tensions internes et externes au group professionnel.

La vision interactionniste du processus de professionnalisation défend quatre idées :

  • Les membres d’une même activité de travail ont tendance à s’auto organiser, à défendre leur autonomie et leur territoire, et à se protéger de la concurrence ;
  • La vie professionnelle est un processus biographique qui construit les identités tout au long du déroulement du cycle de vie, depuis la rentrée à l’activité jusqu’à la retraite ;
  • Les processus biographiques et les mécanismes d’interaction sont dans une relation d’interdépendance. La dynamique d’un groupe professionnel dépend des trajectoires biographiques de ses membres, elles mêmes influencées par les interactions existant entre eux et leur environnement ;
  • Les groupes sociaux cherchent à se faire reconnaître par leurs partenaires en développant des rhétoriques professionnelles et en recherchant des protections légales, tous aspirent à obtenir un statut protecteur.

L’intérêt de cette conception du processus de professionnalisation réside dans l’étroite association qu’elle fait entre l’analyse des trajectoires individuelles et les trajectoires collectives de négociation sociale.

Ainsi, dans le cadre de cette recherche, nous retiendrons cette vision interactionniste du processus de professionnalisation.

Wilensky (1964) énumère six conditions pour la professionnalisation d’un métier :

  • Etre exercé à plein temps ;
  • Être encadré par des règles ;
  • Avoir une formation dans une école spécialisée ;
  • Être organisé dans une forme d’association ;
  • Avoir une protection légale d’un monopole (c à d lui permettant d’avoir le monopole d’exercice) ;
  • Avoir un code de déontologie.

L’association de la définition de Wilensky (1964) et l’approche interactionniste suppose une déclinaison de cette professionnalisation à chaque composante de la profession.

Bourdoncle (2000) distingue ainsi, cinq objets de professionnalisation :

  • La professionnalisation de l’activité : c’est lorsque l’activité est exercée à titre principal et rémunéré. C’est également lorsque cette activité passe par une « universitarisation de sa formation professionnelle » ;
  • La professionnalisation du groupe exerçant l’activité : celle-ci passe obligatoirement par la création d’une association professionnelle, d’un code déontologique et par une intervention de nature politique de manière à obtenir un droit unique à exercer l’activité ;
  • Une professionnalisation des savoirs : les savoirs doivent être organisés et validés selon un critère de efficacité et de légitimité ;
  • Une professionnalisation des personnes exerçant l’activité : concerne le processus d’apprentissage et la construction d’une identité. Il s’agit là, du processus de socialisation professionnelle ;
  • La professionnalisation de la formation : il s’agit de construire la formation de façon à rendre des individus capables d’exercer une activité déterminée ;
  • La professionnalisation comme rhétorique et construction identitaire.

L’adoption de cette typologie, ne concerne que la seconde phase de notre processus. Ainsi, nous allons nous intéressé maintenant à la première phase d’émergence du nouveau métier (encadré 1), à travers laquelle nous allons tenter de délimiter les concepts « métier individuel » et celui de « nouveau métier ».

Définition adopté du concept « métier individuel »

A l'origine, la notion de métier s'est construite en référence aux métiers de l'artisanat (Boyer, 2000). Cette référence revoie, selon Osty (2003), « …à la dextérité de la main et la connaissance des propriétés de la matière ce qui suppose l’acquisition de procédés techniques et des méthodes pour exécuter un ouvrage. Le métier correspond ainsi, à un savoir-faire hautement élaboré et mobilisé pour la réalisation d’une tâche ».

Avec le développement des activités de service, le rapport à la matière se raréfie. Au XVIIIème siècle, avec les notions de « besoin, nécessité et utilité », des expressions comme « être du métier » signifiaient « être nécessaire ». En d’autre terme, le métier se définit par l’utilité de sa finalité qu’il concerne produit ou service (Germain, 2003).

Classiquement, le métier peut être défini comme un ensemble de compétences directement applicable par un individu ou une firme à la transformation d’un produit ou à la fourniture d’une prestation, et utilisés dans le cadre d’une technique dominante susceptible d’évoluer. (Boyer, 2003).

Néanmoins, le métier ne se limite pas uniquement à des aspects techniques. « Avoir du métier » suppose alors une compétence, un savoir-faire identifié, mais aussi une référence à un groupe professionnel (Osty, 2003).

Sire B. (1993), relie le concept métier à une nouvelle dimension restée, jusqu’au là, sous entendu dans ce qui a précédé. Ainsi, pour cet auteur, le métier désigne « l’ensemble des emplois qui dans l’organisation, sont caractérisés par une même finalité et une même technicité ». D’autre part, le métier individuel est identifié par les activités qu’il recouvre et les compétences nécessaires pour l’exercer (Boyer 2000). Dans ce sens, il correspond à des domaines de compétences regroupant des familles d’emplois utilisant le même type de connaissances et de technologies.

 

Parcourir ces problématiques diverses et variées, en fonction du point de vue adopté ou de l'objectif visé, nous amène à retenir que l’analyse du métier individuel correspond, au-delà du la phase de professionnalisation, à une analyse de ses principales composantes : La compétence, l’activité et la finalité.

Ainsi, nous retiendrons les définitions suivantes :

« Un métier est caractérisé par des activités et les compétences nécessaire pour les exercer afin de répondre ou satisfaire une finalité ».

« La délimitation du concept métier oscille entre une conception individualisante et une conception corporatiste,  communautariste vers une professionnalisation ».

« La professionnalisation d’un métier, c’est sa formalisation et sa reconnaissance, via la constitution d’une communauté lui garantissant sa légitimité sociale lui assure le statut de profession » (Osty, 2003)

 

Dubar, C., « La socialisation : construction des identités sociales et professionnelles », A. Colin, 1991.

La dimension individuelle se matérialise dans trois sens sur quatre des types de profession évoqués : l’action de déclarer ses opinion, avoir une activité rémunérée et enfin une fonction dans un organigramme.

Sibaud, B., « contribution de la notion de métier à une vision intégrée de la firme », cahier de recherche n°06, Metz, 1993.

Suivre un résonnement par phase n’implique pas l’absence d’interaction entre les deux. En effet, ce traitement de phase en indépendance est fait, tout simplement, pour des raisons de conceptualisation.

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Jeudi 25 septembre 2008 4 25 /09 /Sep /2008 13:55
                                                                                                                                                  Par M. Tissioui

Introduction


 

L’objectif de ce travail est de situer le concept « métier » par rapport aux notions de profession, emploi…, de préciser leurs points communs et enfin adopter une définition claire et précise du métier, qui nous servira de base d’analyse et de délimitation du concept « nouveau métier ».

 

Délimitation du concept « métier »

Selon Boyer (2003), « Si le concept de métier individuel reste l’objet central de nos recherches, il ne peut être isolé d’autres dimensions, en particulier du métier de l’entreprise et du métier sectoriel ».

La conception organisationnelle et sectorielle du métier

La notion de « Métier d’entreprise » trouve ses origines dans les opérations de recentrage de la firme (Boyer, 2003).. Il désigne aussi, un ensemble d'activités homogènes dans lesquelles l'entreprise possède des savoirs et savoir-faire particulièrement, performants et reconnus comme tels, et qui doivent constituer le cœur des axes de ses développements futurs.

Dans cette vision, le « métier de l’entreprise » correspond une activité spécifique d’une offre répondant à une demande précise (de Bodinat, 1980 ; Urban, 1982 ; Anastassopoulos & Ramanantsoa, 1982 ; Martinet, 1983). C’est donc une relation entre la mission de l’entreprise et un besoin du marché.

A l’instar du « métier individuel », le métier de l’entreprise, peut aussi se définir comme un ensemble de compétences mises en œuvre et dont la coordination permet d’opérer sur un ou plusieurs segments stratégiques (Ader et Lauriol, 1986 ; de Montmorillon, 1986 ; Sicard, 1987 ; Prahalad et Hamel, 1990 ; Marmuse, 1992). Ce lien entre le métier d’entreprise et les compétences n’implique pas une analyse du métier de l’entreprise comme un ensemble d’activités, réclamant un ensemble de compétences, mais comme ensemble de services.

Selon, Kœnig (1993) « Le métier d’entreprise » peut être défini comme : « la capacité à gérer un système d’offre c’est-à-dire un système de tâches permettant de proposer à une clientèle définie, un produit particulier ou un groupe de produits. Ceci implique de posséder non seulement les compétences et les ressources nécessaires à la conduite des tâches retenues, mais également la capacité d’articuler des contributions d’origines variées ».

Dans cette nouvelle vision, le métier d’entreprise est la résultante de deux forces en grande partie en interrelation : « les compétences individuelles et collectives d’une part, le contexte environnemental d’autre part, marqué en particulier par le marché sur lequel la firme opère » (Boyer, 2003).

Ainsi, une réflexion sur les métiers de l’entreprise n’est pas indépendante du secteur sur lequel opère l’organisation.

Cette interdépendance entre ces différents niveaux du concept métier constituera notre guide tout au long de ce travail, afin de mieux appréhender l’évolution du concept « métier individuel »

Le métier individuel

Le concept « métier » est complexe et difficile à définir de manière univoque et consensuelle. Selon des travaux de certains sociologues comme Piotet (2002) et Osty (2003)…la notion de « métier » est de plus en plus de retour dans le vocabulaire du monde du travail mais elle est souvent sujette à un amalgame avec des termes comme : profession, emploi...

Cette hétérogénéité nous oblige à faire une synthèse de ce qu’on entend par ces concepts et situer le concept « métier » par rapport à celui de « profession », spécialité…, de préciser leurs points communs et enfin adopter une définition claire et précise du métier, qui nous servira de base d’analyse et de délimitation du concept « nouveau métier ».

Répondre à cet impératif est équivaut à la compréhension de :

Ce qui fait d’un ensemble d’activités une profession et pas d’autres ?

  • Ce qui différencie une profession d’un métier ? et plus précisément, quels sont donc les rapports, les différences, les écarts conceptuels mais aussi pratiques entre le concept de profession et celui de métier?

Métier ou profession : quel positionnement ?

Dans la terminologie anglo-saxonne, la profession a un sens très précis. Elle se définit par ses règles d’accès, dont le diplôme est le symbole ; elle a donné lieu depuis longtemps à de nombreux travaux venus structurer une sous-discipline de la sociologie : la sociologie des professions (Dubar, 2005).

Contrairement à son usage anglo-saxonne, le concept professions en français est utiliser dans des sens différents et hétérogènes (profession libérale, professions comme branches professionnelles « chimie… »), Ce qui rend difficile de trouver une signification commune à ce terme.

L’hétérogénéité du concept, fait que certaines activités sont reconnues comme une professions dans un pays et pas dans l’autre, ou n’étaient pas reconnues comme telles et le sont devenues

En se basant sur l’analyse des trois définitions adoptées par les trois dictionnaires (le Littré, le Larousse, le Robert), Dubar et Tripier définissent quatre sens différents du concept « profession » :

Dans le premier sens, défini comme « action de déclarer hautement ses opinions ou croyances », le terme issu du latin « professio » est attesté, dés 1155, dans l’expression « profession de foi », aux sens religieux. Par extension, il désigna aussi, bien plus tard, une attitude politique déclarée. Il s’agit toujours de « déclarer publiquement sa foi religieuse ou ses opinions politico-idéologiques ». La profession est de l’ordre du langagier, du déclaratif.

Le sens 1 : la profession est quelque chose qui s’énonce publiquement (déclaration) et qui comme la vocation, est liée à des croyances politico-religieuses.

Dans le second sens, défini comme « une occupation par laquelle on gagne sa vie », la profession de quelqu’un est son activité rémunérée. Qu’il s’agisse d’activité indépendante, salariée ou libérale, la profession est, en ce sens, « ce qui apporte la subsistance grâce à un revenu économique ». Un ouvrier spécialisé, un employé de bureau, un médecin ou une femme de ménage à temps partiel ont, dans ce sens, une profession tant qu’ils ont un emploi, un revenu issu de leur travail, c'est-à-dire tant qu’ils « gagnent leur vie ».

 

Le sens 2 : la profession de + substantif (désignant un métier) est le travail que l’on fait dés lors qu’il permet d’en vivre grâce à un revenu, comme profession de journaliste, de comédien, d’ingénieur… La mère de famille est dite « sans profession » parce que son travail est ‘’gratuit’’.

Dans le troisième sens, défini comme « ensemble des personnes exerçant un même métier », le sens du terme profession est proche de celui de corporation ou groupe professionnel désignant l’ensemble de ceux qui ont le même « nom de métier » ou le même statut professionnel. Les mineurs, les chauffeurs routiers, les enseignants…constituent, en ce sens, des professions (sens 3).

Le sens 3 : la profession + adjectif ou substantif (caractérisant une branche professionnelle) désigne des groupes ou catégories de gens faisant le même métier qui a un nom, une identité au sens nominal, comme profession agricole, commerciale, médicale, artisanale, de magistrature, du bâtiment, de l’industrie…

Dans le quatrième sens, la profession correspond à la notion de « fonction » ou de « position professionnelle » (dans un organigramme).

 

Figure 1 : Le terme « profession » : quatre sens = quatre point de vue

 

Source : C. Dubar et P. Tripier, « sociologie des professions », Armand colin, 2005.

Dans la tradition sociologique anglo-saxonne, une profession se caractérise par ses règles d’accès. Il faut avoir suivi une formation sanctionnée par un diplôme pour devenir un « professionnel », qui se définit alors par sa déontologie. Ce formalisme caractérise bien les professions libérales : médecins, avocats…

En France, la profession désigne, depuis la généralisation de la négociation sociale, entre les partenaires sociaux (syndicats et patronat), la branche professionnelle réunissant tout ceux (salarié, indépendants et patrons) qui travaillent dans le même secteur (chimie, transport routier…) et donc font partie de la même profession (sens 3) en se reconnaissant dans les mêmes représentants patronaux ou syndicaux.

Plusieurs sociologues repèrent la profession selon quatre critères :

  • Des métiers acquis ou des qualifications reconnues et un système organisé relatif à la formation professionnelle ;
  • Des accords professionnels habituellement regroupés au sein d’une convention collective et publiée par les journaux Officiels ;
  • Un rattachement dans la nomenclature des activités exercées ;

Une histoire, comme celle des infirmières.

Différencier un métier d’une profession et reconnaître cette dernière, nous n’indique pas le processus de professionnalisation qui permet cette transition.

 

Par Simo. T
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Jeudi 25 septembre 2008 4 25 /09 /Sep /2008 11:36

1.    Essai de définition de l’innovation

L’innovation est un concept à la fois polysémique et polymorphe (Loilier & Tellier, 1999). Ainsi, les chercheurs sur l’innovation vont de l’analyse de sa nature (produit, procédé…), de sa mise en œuvre en tant qu’objet technique, de sa concrétisation technique et sociale (Simondon, 1958 ; Sfez, 1973 ; Latour, 1992 ; Delaunay, 1994), des mécanismes de diffusion et d’adoption (Schumpeter, 1934 ; Rogers, 1983 ; Akrich, Callon et Latour, 1986 ; Damanpour, 1991 ; Drazin et Schoonhoven, 1996), ou encore des différents processus et de leurs impacts (Van de Ven et Poole, 1989, 1995 ; Abernathy et Clark, 1984).

Face à autant de travaux et approches qui témoignent à la fois de la centralité et de la diversité du concept d’innovation, il est souvent difficile de définir précisément l’innovation (Dosi, 1988). Cette difficulté vient essentiellement de l’automatisme entre technologie et innovation qui règne dans les différents travaux d’une part, et des différentes classifications et typologies d’autre part.

Schumpeter (1911) définit l’innovation[1] comme le moment de la réalisation de nouvelles combinaisons. Dans cette définition, Schumpeter n’inclut que des changements technologiques, seuls capable de créer un déséquilibre. Par la suite, ce concept a pris un sens plus large, intégrant aussi bien des changements technologiques qu’organisationnels. Néanmoins, la typologie de Schumpeter, sous-entend cinq situations différentes :

§  Fabrication d’un nouveau bien ;

§  Méthode de production nouvelle ;

§  Débouché nouveau ;

§  Nouvelle source de matière première ;

§  Nouvelle organisation.

Dans le cadre de ce travail, nous retenons volontairement une définition aussi large et ouverte de l’innovation. Ce choix se manifeste à la fois dans la nature de l’innovation prise en compte (organisationnelle, technologique, de produit-service, procédé...) et dans son degré d’intensité (radicale, mais aussi mineure ou incrémentale relevant éventuellement de la simple adaptation aux changements). Elle est également envisagée de manière extensive afin d’intégrer à la fois l’innovation produite en interne, issue de l’extérieur (politique ou technologique), inscrite, ou autonome (Burgelman, 1983 ; Mintzberg et McHugh, 1985 ; Burgelman et Sayles, 1987).

Selon, Zaltman, Duncan et Holbeck (1973) : « Pour qu’il y ait innovation, il suffit que l’innovation présente un caractère nouveau pour l’organisation qui l’adopte ». Il s’agit là de mettre en évidence le caractère relatif du degré de la nouveauté par rapport à l’innovateur et son environnement (Knight, 1967 ; Tidd et al., 2002). Dans ce sens, Schroeder et al. (1989) explicite encore plus le caractère non absolu de l’innovation : « une idée est innovatrice à partir du moment où elle est perçue comme nouvelle par les personnes impliquées, même si, pour d’autres personnes, elle semble être une imitation de quelque chose qui existe déjà ailleurs ».

Par ailleurs, selon Schumpeter (1912 ; 1939) : « La réalisation d’une invention et la mise en pratique de l’innovation correspondante sont, économiquement et sociologiquement, deux choses entièrement différentes ».

Cette distinction entre invention et innovation a permis de mettre en évidence quelques interrogations sur l’activité de création et la genèse des innovations qui reste énigmatique.

Ainsi, l’innovation ne peut être considérée comme un instant précis, celui de sa diffusion sur le marché, ou la fin de son développement technique, mais doit être envisagée en tant que processus qui va de l’invention à l’innovation. Dans ce sens, Gonard et Louazel (1996) mettent évidence le caractère collectif de ce processus d’innovation :

§  L’innovation ne peut être considérée comme un instant précis, celui de la mise sur le marché de la nouveauté, mais doit être envisagée en tant que processus.

§  L’innovation ne peut être portée par un individu isolé, l’entrepreneur[2] schumpétérien, mais doit être vue comme le résultat d’un travail collectif.

1.1.     L’innovation en tant que processus : un processus collectif 

Plusieurs travaux ont tenté de rendre compte des différents processus d’innovations. En effet, de la distinction faite par Schumpeter (1912, 1939) entre invention[3] et innovation[4] et l’impasse faite sur la notion de créativité laisse apparaître l’innovation comme processus linéaire et individuel (propre à l’entrepreneur schumpetérien) ce qui ne rend pas compte de la réalité.

Ce sont ensuite les évolutionnistes qui ont abordé l’innovation en tant que processus (Freeman, 1974). Ils parlent plus précisément de « coupling process » entre technique et marché (Freeman, 1974). Dans cette vision, l’innovation apparaît comme un processus d’interaction entre adaptation technologique et satisfaction du marché. Dans ce sens, Le Bas (1995) définit le processus d’innovation comme : « un processus qui transmet des impulsions, en reçoit, raccorde les idées nouvelles et les marchés ». Pour d’autres auteurs évolutionnistes comme Dosi (1988) l’innovation s’apparente à un processus de résolution de problèmes.

Contrairement à la vision schumpetérienne qui situe l’innovation au niveau de l’entrepreneur, un des apports des évolutionnistes est le rattachement de l’innovation à l’organisation et au rôle d’accumulation des compétences et des connaissances au sein des organisations (phénomène d’apprentissage), traitant ainsi l’innovation comme un processus cognitif (Dosi, 1988 ; Freeman, 1974 ; Nelson et Winter, 1982). Cette vision renvoie au caractère progressif et évolutif, notamment d’ajustement des activités des innovations au sein des organisations.

Gonard et Louazel (1997) considèrent ainsi que : « les firmes suivent des trajectoires technologiques qui désignent les chemins empruntés pour exploiter les gisements d’un paradigme. Ces trajectoires sont alors l'illustration du processus de sélection et d’apprentissage des techniques, mais également du processus d’élaboration des nouveautés ».

D’autres travaux, dont ceux de Roger (1995), se sont attachés plutôt, à la détermination des étapes du processus d’innovation. Wolfe (1994) fait la synthèse de ces travaux en proposant le modèle suivant : « une unité de prise de décisions prend conscience de l'existence d'une innovation, on en dégage les aspects problématiques ou bénéfiques, les coûts ou les bénéfices sont évalués, partisans et/ou opposants tentent d’influencer ce processus, une décision est prise pour adopter (ou rejeter) l'innovation, puis cette dernière est mise en œuvre, la décision d'innovation est passée en revue et confirmée (reconsidérée), l'innovation est acceptée comme routine, et elle se répand, c'est-à-dire qu’elle est appliquée à son plus fort potentiel… »[5].

Malgré les avancées apportées par les évolutionnistes, notamment sur le caractère évolutif, interactif et itératif du processus d’innovation, ils ne s’écartent pas de la vision linéaire reprochée à la vision schumpetérienne. Dans cette optique, d’autres travaux ont tenté de remédier à ce problème en traitant le processus d’innovation dans sa complexité, notamment Kline et Rosenberg (1986) qui ont tenté de substituer au modèle linéaire, un modèle de liaison en chaîne (Chain-linked model) ou encore les travaux de Van de Ven et Poole (1989, 2000) : « Research on the management of innovation : the Minnesota Studies ».

De ce qui a précédé, nous concluons que l’innovation est un processus. Néanmoins, comme l’ont mis en valeur les évolutionnistes, ce processus ne peut être l’œuvre de l’entrepreneur schumpétérien, mais tout un travail collectif au sein de l’organisation.

Au delà de l’aspect organisationnel de l’innovation, ce sont en particulier les sociologues qui ont rendu compte de la construction sociale des systèmes techniques (Gonard et Louazel, 1997).

Historiquement, c’est à Bloor (1973) qu’on doit la première intégration de la sociologie des connaissances et des sciences dures. Bijker et al, (1987), à travers leurs différentes recherches, ont mis en évidence la contribution du processus social dans le développement du processus d’innovation.

Selon cette vision sociologique du processus d’innovation, elle est considérée comme un « processus d’intéressement » (Callon et Latour, 1989). Ainsi, l’innovation ne concerne pas un acteur ou une organisation, mais s’apparente davantage aux interactions entre les acteurs qui en sont constitutifs.

L’innovation est un processus d’interactions entre différents acteurs. Sous cette acception, comprendre le processus d’innovation revient à comprendre ses interactions et le système de relations qu’ils construisent.

Selon Van de Ven & Poole (2000), la théorie d’innovation est fondamentalement une théorie de changement du système social. Alors que l’innovation est définie comme l’introduction d’une nouvelle idée, le processus d’innovation fait référence aux séquences temporelles d’événements qui se présentent comme une interaction entre acteurs pour développer et mettre en pratique leurs idées d’innovations dans un contexte institutionnel.

Cependant, l’interaction entre acteurs n’est pas dépourvue de tensions. En effet, selon Schumpeter l’innovation « dérange », puisqu’elle met en évidence l’opposition entre « risque » apporté par l’innovation, et « routine ». Cette opposition est souvent source de conflit.

Dans une perspective cognitiviste, selon March et Simon (1958, 2005), les nouveaux programmes d’activités, apportés par l’innovation, ne peuvent être introduits par une simple application des règles de changement des programmes.

Dans ce même ordre d’idées, Alter (1995), en se basant sur les exemples d’introduction de l’informatique dans les entreprises, et du développement de stratégies commerciales chez France Telecom, avance : « qu’aucun changement ne fait l’objet d’un accord de l’ensemble du corps social que représente l’entreprise. De même, ces transformations ne font jamais l’objet de résistances au changement consensuelles et définitives ». Ainsi, l’auteur laisse entendre que l’innovation avance dans un système de recrutement d’alliés par les acteurs favorables au changement.

L’innovation est un processus collectif, elle repose sur la mobilisation d’acteurs aux rationalités variées, souvent antagoniques.

Rappelons que dans le cadre de notre recherche, nous avons pour objectif, entre autres, à déterminer le rôle des innovations, propres au secteur de la santé, dans le processus de structuration des métiers. Autrement dit, nous nous intéressons aussi à la dynamique d’impact des processus d’innovations sur le métier individuel dans le secteur de la santé. Dans cet esprit, nous devons mettre en évidence les différents acteurs, comprendre les rapports formels et informels, relations de pouvoirs et de conflits, mais surtout tenir compte du caractère contextuel et particulier du secteur. En effet, Mohr (1982) suggère d’étudier les processus d’innovation en fonction de contextes organisationnels et technologiques spécifiques. Un tel objectif conduit à réaliser des études « processuelles » en se centrant sur un nombre limité d’innovations en vue d’approfondir notre compréhension des liens entre le contexte « organisationnel », les caractéristiques du processus d’innovation et celles des acteurs concernés (Van de Ven et Huber, 1995).

Dans cette perspective, nous allons tenter, tout d’abord, d’exposer les différents modèles de représentation du processus d’innovation.

1.2.     Le déroulement du processus d’innovation 

La littérature est féconde quant aux différents modèles du processus d’innovation[6]. Ainsi, en théorie, on distingue deux grands types de modèles :

§  Les modèles en phases se présentant comme des modèles séquentiels qui découpent le déroulement du processus d’innovation en étapes successives ;

§  Les modèles interactifs qui proposent une vision « interactive » du mouvement du processus d’innovation.

1.2.1.  Exemple de modèle en phases 

Le soubassement des « modèles linéaires » est leur « non interaction » selon deux aspects :

§  La non-interaction verticale : entre les phases de recherche, de développement et de production. Ainsi, ces différentes phases sont perçues comme successives et indépendantes mettant en jeu des acteurs différents ;

§  La non-interaction entre l’innovation et sa finalité. Dans ce sens, le client ou l’usager bénéficiaire de l’innovation ne joue aucun rôle dans son élaboration.

Ainsi, les modèles linéaires ne représentent aucune boucle de rétroaction entre ses différentes phases. Afin d’expliciter ces propos, l’encadré (19) illustre le modèle théorique proposé par Rogers (1983). Ce processus d’adoption et de contextualisation de l’innovation dans l’organisation contient deux grandes activités réalisées de façon séquentielle : l’initiation et l’implantation :

§  L’initiation comprend les activités de recherche d’informations, de conceptualisation et de planification en vue de l’adoption d’une innovation :

-          La mise au point de l’agenda représente la façon par laquelle les problèmes font surface et sont hiérarchisés et comment ils forgent le besoin d’acquérir une innovation ;

-          C’est lors de l’étape d’alignement que les membres de l’organisation tenteront de déterminer si l’innovation envisagée peut réellement régler le ou les problèmes soulevés lors de l’étape précédente (via des études empiriques).

À l’issue de ces deux étapes, une décision est prise quant à l’adoption ou au rejet de l’innovation. En cas d’adoption, la phase d’implantation est entamée (Rogers, 1995).

§  L’implantation comprend toutes les actions et décisions liées au déploiement et à l’utilisation future de l’innovation au sein de l’organisation :

-          Lors de l’étape de redéfinition/restructuration, l’innovation est modifiée et réinventée pour s’adapter au contexte particulier de l’organisation alors que les structures organisationnelles sont altérées afin d’accommoder l’innovation.

-          L’étape de clarification survient lorsque l’innovation est de plus en plus utilisée dans l’organisation. L’aspect social est crucial lors de cette étape puisque c’est au travers des interactions et des échanges quotidiens avec leurs pairs que les utilisateurs développent une compréhension commune de l’innovation.

-          Enfin, l’étape de routine débute lorsque l’innovation perd son identité distincte et fait partie des activités courantes de l’organisation. C’est à ce moment que le processus d’adoption prend fin puisque les membres de l’organisation ne perçoivent plus la technologie comme étant nouvelle (Rogers, 1995).

Encadré 18 : Processus d’adoption organisationnelle de l’innovation selon Rogers (Rogers, 1995) 

Mise au point de l’agenda

Alignement

Redéfinition /

Restructuration

Clarification

Routine

L’auteur considère en effet que l’adoption ne doit pas être vue comme un simple choix mais plutôt comme une série d’événements (processus) menant à l’utilisation continue de l’innovation étudiée.

Critiques : Ce type de modèle considère que l’aspect social n’intervient qu’après adoption de l’innovation. En conséquence, il reste très simplificateur de la réalité des interactions entre les différents acteurs.

1.2.2.  Les modèles interactifs 

Les modèles interactifs remédient aux lacunes du modèle précédent, notamment, en mettant en avant deux types d’interactions (Tellier et Loilier, 1999) :

§  celles qui concernent les différentes fonctions impliquées dans le développement de l’innovation (modèle intégré) ;

§  celles qui relient l’entreprise innovatrice à son environnement (modèle sociologique).

Dans ce sens, Kline et Rosenberg (1986) ont proposé le modèle des « chaînes interconnectées » (Chain-linked model) (cf. encadré ci-dessous) :

Encadré 19 : Le modèle interactif « Chain-linked model » de Kline et Rosenberg (1986) 

C : chaîne centrale de l’innovation ;

f : boucles courtes de rétroaction (feedbacks) entre des activités connexes de la chaîne centrale ;

F : boucles longues de rétroaction entre des activités non connexes de la chaîne centrale

D : relations directes entre la recherche et l’invention ;

S : soutien de la recherche scientifique ;

I : support de la recherche scientifique ;

K-R : lien connaissance-recherche ; si le problème est résolu au niveau K, ce lien n’est pas activé. 

 

Le Chain-linked model décrit le processus d'innovation comme une série de sentiers.

 

Cette série de sentiers illustre l’implication de la science et de la recherche tout au long du processus d’innovation. Cette interaction continue met l’apprentissage au cœur du processus d’innovation. Cependant, elle néglige l’aspect social du processus d’innovation.

Par ailleurs, selon Tellier et Loilier, (1999) : « d’autres modèles, développés par les sociologues de l’innovation, s’intéressent à combler ce vide en mettant l’accent sur les interactions entre l’entreprise innovatrice et la société. Ils cherchent à comprendre le processus par lequel l’entreprise parvient à faire accepter son innovation, au prix parfois de révisions profondes ». Ainsi, le modèle sociologique le plus souvent retenu est celui d’Akrich, Callon et Latour (1988). Il est baptisé le « modèle tourbillonnaire » (cf. encadré ci-dessous).

Encadré 20 : Le processus tourbillonnaire (Akrich, Callon et Latour, 1988) 

I

III

II

1

2

3

4

5

Première passe

Deuxième passe

Troisième passe

 

                1 : Recherche Fondamentale                  3 : Développement                     5 : Diffusion

                2 : Recherche Appliquée             4 : Démonstration

 

Dans ce modèle, l’innovation est décrite comme :

§  Le fruit d'un processus qui prend la forme d'un modèle en boucles itératives ;

§  Le processus de conception intègre dés le départ tous les acteurs du réseau de l’innovation (usagers, concepteurs…) ;

§  Le processus d’innovation est assimilé à une recherche continue de compromis et d’adaptation, ce que Callon et Latour (1989) appellent le « processus d'intéressement »

§  Le processus d’intéressement placé au centre de l’innovation met en exergue la dimension collective de l’innovation ;

§  La réussite d’un processus d’intéressement dépend de celle du processus de traduction. En effet, pour sa réussite, une innovation doit « intéresser » un réseau d’acteurs aussi large que possible qui porte, voire transforme, l’innovation. Pour intéresser, il faut « traduire » les demandes, attentes et observations de ce réseau dans « l’objet » en phase d’élaboration sous la forme de choix techniques délibérés ;

§  Le processus d’intéressement puis de traduction est un processus récursif au cours duquel le contenu des techniques et leur environnement évoluent conjointement.

L’encadré ci-dessous résume les caractéristiques des deux modèles exposés :

Encadré 21 : Comparaison des modèles « classique de diffusion et de l’« intéressement ». (Akrich, Callon et Latour, 1988) 

Modèle classique de la diffusion

Modèle de l’intéressement

- L’innovation s’impose et se répand d’elle-même par contamination grâce à ses propriétés intrinsèques ;

- En vertu de ses propres qualités, le produit lancé finit par se répandre à travers la société par effet de démonstration ;

- C’est aux utilisateurs de l’innovation de s’adapter soit de force soit par ennui ;

- Suppose une séparation irrémédiable entre

l’innovation et son environnement socio

économique ;

- Restreint le travail d’élaboration au cercle limité des concepteurs responsables du projet : pas de dimension collective de l’innovation ;

- La majorité des acteurs est passive ;

- L’innovation est à prendre ou à laisser.

- Le destin de l’innovation dépend de la

participation active de tous ceux qui s’y intéressent ;

- De nombreux liens réunissent l’« objet » à tous ceux qui le manipulent ;

- Le processus de conception intègre dès le départ tous les acteurs du réseau ;

- Le processus d’innovation est assimilé à une recherche continue de compromis et d’adaptations ;

- Comprendre comment est adoptée l’innovation,

comment elle se déplace, se répand ;

- Le mouvement d’adoption est un mouvement

d’adaptations ;

- La majorité des acteurs est active.

 

Critiques : le modèle en phases est plus clair sur le processus de mise en œuvre du projet que le modèle interactif qui est plus porté sur la diffusion, évitant le danger de l’organisation compartimentée en mettant l’accent sur des liens entre fonctions, techniques et commerciales…

1.2.3.  Le modèle de réconciliation

Les modèles séquentiels de diffusion et celui de l’interaction sont souvent opposés dans la littérature. Cette opposition a été fortement confortée par la sociologie d’innovation (Akrich et al., 1988). Cependant, Loilier et Tellier (1999) ont mis en évidence leurs complémentarités malgré les différences apparentes, dues à la différence des points de vue et aux préoccupations des auteurs.

Dans le modèle sociologique, le processus d’innovation est considéré comme un construit social qui prend corps dans un contexte fait d'interactions entre des individus et d'autres technologies. La question n'est alors plus celle de l'impact selon l’intensité de l’innovation adoptée. Elle ne se résume pas non plus aux facteurs pouvant influencer le processus (procédures et règles de gestion en vigueur dans l’entreprise…). Cependant, malgré la faiblesse dans sa mise en œuvre, le modèle tourbillonnaire est très utile dans le sens où il intègre tous les acteurs internes, mais aussi externes.

Selon Loilier et Tellier, (1999) : « ces deux modèles adoptent deux points de vue différents mais complémentaires. Le gestionnaire s’intéresse à la manière dont va pouvoir se mettre en place un processus qui sert le client et traverse les structures verticales formelles de l’organisation. Le sociologue s’intéresse au mécanisme par lequel le marché (…) va accepter cette offre nouvelle … ». Ainsi, selon les deux auteurs, on est dans tel ou tel modèle selon l’opérationnalisation de la vision qu’on cherche à adopter. Ces deux modèles ne sont pas antagonistes mais complémentaires.

De ce fait, la prise en compte simultanée de ces deux approches permet de réconcilier les critiques apportées à chaque modèle par les points forts de l’autre. Leur réconciliation permet de dépasser la dichotomie classique genèse/diffusion, d’une part, et d'autre part de répondre aux besoins du gestionnaire à pouvoir mettre en place un processus qui sert le client et traverse les structures verticales formelles, tout en tenant compte des contraintes et habitudes de fonctionnement de l’organisation via l’adaptation.

Ainsi le nouveau modèle du processus d’innovation représente un double mouvement de transfert d’informations et de connaissances (Loilier et Tellier, 1999) :

§  un transfert vertical : selon la séquence recherche - développement - industrialisation - commercialisation, qui détermine en grande partie l’organisation du processus dans l’entreprise ;

§  un transfert horizontal : qui correspond à la recherche de partenaires externes, d’applications nouvelles et de premières utilisations, qui nécessite la création de liens (parfois inédits) entre les fonctions de l’entreprise et l’ensemble des acteurs.

Ces différents modèles d’innovation indiquent l’architecture du processus d’innovation, mais ne rendent compte ni de l’intensité ni de l’impact de l’innovation. Ainsi, l’objet de cette seconde partie, est de voir les différentes typologies du processus d’innovation.



[1] Sous cette acception large, l’innovation mêle innovations techniques et organisationnelles.

[2] D'après Schumpeter, les entrepreneurs sont les agents dont la fonction consiste à exécuter de nouvelles combinaisons. L’entrepreneur n’est pas un inventeur, il n’est pas non plus le manager. Sa fonction consiste à réformer la routine de production et non à prendre en charge la conduite de l’entreprise. Enfin l’entrepreneur ne supporte pas le risque, cette tâche incombe au capitaliste.

[3] Selon Schumpeter, l’invention est une combinaison nouvelle des connaissances scientifiques.

[4] Selon Schumpeter, l’innovation : relève de la logique de l’entrepreneuriat. Le résultat en est une innovation (de produit, de procédés, organisationnelle…). La figure clef en est l’entrepreneur innovateur qui réalise des combinaisons nouvelles.

[5] Traduction faite par nous même du texte suivant : « A decision-making unit becomes aware of an innovation's existence, a problem or opportunity is matched to the innovation, the costs or benefits are appraised, sources of support and/or opposition attempt to influence the process, a decision is made to adopt (reject) the innovation, the innovation is implemented, the innovation decision is reviewed and confirmed (reversed), the innovation is accepted as routine, and the innovation is infused, i.e. is applied to its fullest potential.... ».

[6] La considération de la littérature récente sur l’étude du processus d’innovation considère que les similarités des processus conduisent à dépasser cette distinction (Van de Ven Angle et Poole, 2000 ; Charreire, 2002 ; Lepage 2004), même si ce positionnement est contesté (Cattan 2003).

[7] La science se décompose en deux composantes principales qui influencent l’innovation : (i) la totalité de connaissances humaines accumulées et stockées et (ii) le processus par lequel cette connaissance est corrigée et lui est ajouté. La recherche est décrite comme le processus qui alimente et corrige la science.

Par Sim
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